La misogynie 2.0 prend de l’ampleur

08/03/2022 mis à jour: 04:50
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Les réseaux sociaux, déversoir de la haine en ligne / Photo : D. R.

Derrière l’anonymat d’internet, des centaines de commentaires justifient ou glorifient le discours haineux. Toutes les plateformes sont concernées : Facebook, Youtube ou encore Twitter.

La problématique du discours haineux, et plus généralement de la violence verbale, est posée sérieusement pour ce qui est des réseaux sociaux, que ce soit en Algérie ou ailleurs. Le patron d’un de ces réseaux, en l’occurrence «Facebook», a même été auditionné par le Sénat américain au mois d’octobre dernier suite aux révélations faites par une de ses ex-employées concernant le peu d’intérêt qu’accorde l’entreprise au discours de la haine et de ses effets. Bien entendu, l’Algérie, où de plus en plus de citoyens y sont connectés, comme le reste du monde d’ailleurs, n’y échappe pas.

Un discours de la haine qui, à certains moments et à l’occasion d’événements dramatiques (ou autres), paraît plus virulent encore envers les femmes. Il n’y a qu’à voir les commentaires exprimés sur les réseaux sociaux par beaucoup de personnes lorsqu’il y a, par exemple, un féminicide ou un viol et dans lesquels leurs auteurs s’en prennent à la victime, pour une supposée infraction à une règle sociétale ou religieuse, allant quelquefois jusqu’à compatir avec le présumé criminel en lui trouvant des circonstances atténuantes.

Des commentaires qui peuvent même, dans certains cas, tomber sous le coup de la loi. A ce titre, il n’y a qu’à rappeler l’affaire de l’abominable assassinat d’une jeune fille de Réghaïa, âgée de 19 ans, qui a eu lieu en octobre 2020 à Thenia (wilaya de Boumerdès), qui avait choqué l’opinion publique nationale.

Au milieu de tout l’émoi qu’a provoqué cette affaire, certains n’ont pas pu s’empêcher de faire de la victime une «coupable». Un «jugement» qui est exprimé par certains à chaque fois qu’une femme est victime d’un meurtre ou d’un viol.

Loin de ces drames, d’autres formes de haine envers la femme ont été constatées à l’occasion de certains événements, à l’image, par exemple, d’une cérémonie de remise de grade par la présidence de la République à des femmes militaires (plusieurs commentaires misogynes ont été laissés sur le site de la Présidence l’année dernière au-dessous de l’information y faisant référence) ou de sortie d’une promotion de femmes policières (site de l’EPTV).

Beaucoup d’autres femmes subissent également ces attaques en règle, notamment des artistes, l’affaire de la comédienne Shirine 
Boutella en est la parfaite illustration, ou des militantes, surtout celles qui défendent l’égalité des droits.

Au-delà des rivalités d’ordre politico-idéologique qui existent, le courant islamo-conservateur, par exemple, n’admettant pas une avancée sur ce plan là, c’est la remise en cause, par ces militantes, de l’ordre sociétal établi ou la représentation patriarcale qui en est faite, qui dérange. Et c’est ce rejet d’une quelconque aspiration au changement qui est exprimé, parfois d’une manière extrêmement virulente, sur les réseaux sociaux.

 

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