Droits de l’homme au Maroc : La répression contre les voix dissidentes s’intensifie

29/03/2025 mis à jour: 10:22
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Manifestation au Maroc contre la répression subie par les militants des droits de l’homme - Photo : D. R.

Le cas de Fouad Abdelmoumni n’est pas isolé. Ces dernières années, le Maroc a intensifié ses mesures contre les voix dissidentes. Journalistes, activistes et opposants politiques sont régulièrement poursuivis pour des motifs fallacieux allant de la «diffusion de fausses nouvelles» à «l’atteinte à la sécurité de l’Etat».

Human Rights Watch a vivement dénoncé, dans un communiqué daté du 27 mars 2025, la condamnation de Fouad Abdelmoumni, militant des droits humains, à six mois de prison et à une amende de 2000 dirhams (208 dollars) pour un simple post sur Facebook.

Balkees Jarrah, directrice par intérim de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’organisation, a appelé la communauté internationale à réagir : «Les efforts de la monarchie marocaine pour se présenter comme progressiste contrastent fortement avec les agissements de ses forces de sécurité répressives. Il est temps que cette hypocrisie cesse.» En effet, un tribunal de Casablanca a condamné récemment par contumace Fouad Abdelmoumni.

Son «crime» ? Avoir critiqué la relation entre le Maroc et la France lors de la visite d’Etat d’Emmanuel Macron, alors que ce dernier réaffirmait la thèse de la «souveraineté marocaine» sur le Sahara occidental, une position qui ne règle en rien le contentieux. Cette condamnation illustre l’accélération de la répression à l’encontre des activistes et journalistes au Maroc. Fouad Abdelmoumni, éminent économiste et figure engagée dans la défense des droits humains, n’en est pas à sa première confrontation avec les autorités royales.

Coordinateur de l’Association marocaine de soutien aux prisonniers politiques, il subit depuis des années harcèlement, surveillance et atteintes à sa vie privée. Déjà emprisonné et torturé durant les années 1970 et 1980, il a récemment été victime d’une campagne de diffamation orchestrée via des médias proches du Makhzen, et son téléphone a été infecté par le logiciel espion Pegasus.

Le 30 octobre 2024, la police marocaine l’avait arrêté à Temara, avant de l’inculper pour «outrage à des corps constitués» et «signalement d’un crime fictif». Ces accusations portaient sur un post sur Facebook publié le 28 octobre 2024 critiquant l’utilisation de logiciels espions par le gouvernement. Il avait été relâché sous caution le 1er novembre. Malgré l’absence de preuves solides, le tribunal a prononcé une peine de prison à son encontre.

Une monarchie progressiste en façade, autoritaire en pratique

Le cas de Fouad Abdelmoumni n’est pas isolé. Ces dernières années, le Maroc a intensifié ses mesures contre les voix dissidentes. Journalistes, activistes et opposants politiques sont régulièrement poursuivis pour des motifs fallacieux allant de la «diffusion de fausses nouvelles» à «l’atteinte à la sécurité de l’Etat». 
En mars 2025, les autorités marocaines ont arrêté quatre membres de la famille du créateur de contenus basé au Canada Hicham Jerando, en représailles apparentes à ses vidéos dénonçant la corruption.

Ils attendent leur procès pour «diffusion de faits erronés» et «atteinte à la vie privée». L’activiste Ismaïl Lghazaoui a été condamné à un an de prison (peine réduite à quatre mois en appel), pour avoir dénoncé le rôle du Maroc dans le transfert d’armes américaines vers Israël.

Quant au journaliste Hamid Elmahdaouy, il a écopé de 18 mois de prison et d’une amende exorbitante de 1,5 million de dirhams (156 600 dollars) pour diffamation, une condamnation qui s’ajoute à une longue liste de peines qu’il a déjà purgées pour ses critiques du régime. Malgré les promesses de modernisation et d’ouverture, le Maroc continue de bafouer la liberté d’expression et de presse.

La Constitution garantit pourtant la protection de la vie privée et la liberté d’opinion, tandis que le pays est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Or, en pratique, toute voix dissidente est muselée, traquée et persécutée. La pression internationale sera-t-elle suffisante pour enrayer cette dérive autoritaire ? Le doute est permis. En attendant, les militants et journalistes marocains paient un prix toujours plus lourd pour leur engagement. 
 

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