Hommage / Décès d’Aline, la dernière des filles Larribére une famille de résistants oranais

11/06/2024 mis à jour: 04:18
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Aline, qui est la plus jeune des filles du docteur, Jean-Marie Larribére, vient de décéder à Fontenay-Sous-Bois en France, où elle habitait depuis sa sortie des prisons coloniales, en 1962, et où elle a été inhumée,  lundi 10 juin 2024 à 11h. Les grands-parents, instituteurs républicains et socialistes à Sidi Bel-Abbès, avant de déménager au centre-ville à  Oran, devenus communistes après 1920, auront deux fils médecins, connus pour leurs engagements communistes, et pour la cause nationale. 

Activant dans le social et comme leur père dans le militantisme communiste, aussi bien en France qu’en Algérie. Le cadet, Camille (1895-1975), très combatif, finira sa vie à Sig, dans l’ouest algérien. Le docteur Jean-Marie, l’aîné, médecin-gynécologue, a été le premier à introduire la technique de l’accouchement sans douleur. Il a exercé en tant que chef du service de gynécologie et maternité du futur Centre hospitalo-universitaire d’Oran, non loin de la Ville Nouvelle, et cela tout en gérant une petite clinique privée, sise à la Rue d’Arzew (aujourd’hui Ben M’Hidi), avant de la déménager du côté du Front de Mer.

 A la suite de son décès aux lendemains de l’Indépendance nationale, cette clinique porte toujours son nom à Oran, en hommage à son engagement aux côtés de tous les militants de l’Indépendance. Les frères Larribére étaient connus pour leur activisme dans les réseaux de soutien au Parti communiste algérien (PCA), puis au FLN, durant la Guerre de libération nationale. Les cinq filles de Jean-Marie s’inscriront tout naturellement dans la tradition familiale en adhérant au militantisme communiste, via l’Union des femmes démocrates, la presse proche du PCA et les activités sociales, les grèves syndicales et manifestations politiques. 

L’aînée Lucie (ou Lucette) deviendra l’épouse du dirigeant communiste algérien Bachir Hadj Ali et Suzanne (médecin comme son père) se mariera avec un dirigeant communiste, Abdelkrim Benabdallah, originaire de Tlemcen et membre fondateur du Parti communiste marocain. Membre actif des réseaux de résistance anticoloniaux au Maroc, il sera lâchement assassiné en 1956, en présence de Suzanne. Aline, qui vient de décéder, a connu les prisons coloniales, d’où elle ne sortira pas indemne (elle aura traîné ses traumatismes jusqu’à la fin de sa vie) et ceci à la suite des sévices qu’elle aura subie. Son époux, Emile Schoukroun, grande figure du militantisme à Oran, évoqué récemment dans les dernières mémoires de Tsouria, s’engagea dans les rangs des Combattants de la Libération dans les maquis de Tlemcen ; il fut lui aussi arrêté, torturé et lourdement condamné par les autorités coloniales. Ami proche du célèbre architecte Oscar Niemer, il nous a quittés tout récemment en 2018. 

Toutes les filles Larribére, Simone, membre de la cellule de Fernand Yveton, Paulette et son mari, de même qu’Aline comme d’autres Oranaises, connaîtront les poursuites ou l’emprisonnement (Gaby Gimenez ou Joséphine Carmona…) durant la Guerre de libération nationale. 

L’une des filles, Paulette, étudiante en médecine, devait même accoucher en prison. Aline, qui fut emprisonnée, a été ensuite transférée dans des pénitenciers en France, où elle subit des traumatismes, dont elle ne s’est jamais remise. Les Oranais en particulier et les Algériens en général, qui vivent dans une Algérie indépendante, sauront garder en mémoire les engagements et l’action de cette authentique famille de résistants. Que tous reposent en paix ! 


Omar Bessaoud et Hassan Remaoun

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