Espagne : la droite nationaliste manifeste contre l’amnistie des séparatistes catalans

30/10/2023 mis à jour: 02:09
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Des manifestants à Madrid

Dimanche à Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont défilé, arborant souvent des drapeaux espagnols, en réponse à l'appel du parti nationaliste de droite, Vox, pour s'opposer à un projet d'amnistie des séparatistes catalans. 

Cette question litigieuse est en cours de négociation par les partis de gauche avec les indépendantistes catalans, dans le but de garantir leur soutien indispensable à l'investiture de Pedro Sánchez, membre du Parti socialiste, en tant que chef du gouvernement espagnol.

Cette problématique a émergé après les élections législatives du 23 juillet, lors desquelles les socialistes ont obtenu la deuxième place derrière le Parti populaire (PP). N'ayant pas réussi à former une coalition en raison de l'absence d'une majorité absolue, le PP a ouvert la voie à la création d'un nouveau gouvernement de gauche. Cependant, pour que Pedro Sánchez soit reconduit au pouvoir, il a besoin du soutien au Parlement des partis séparatistes catalans ERC (Gauche républicaine de Catalogne) et JxCat (Junts per Catalunya). Cette dernière formation était à l'origine d'une tentative de sécession avortée de la Catalogne en 2017, avec Carles Puigdemont comme principal instigateur, qui a fui en Belgique pour échapper à la justice espagnole.

La demande d'amnistie, qui pourrait bénéficier à plus de 4 000 personnes impliquées dans les événements de 2017, la pire crise politique en Espagne depuis des décennies, est critiquée par la droite, les nationalistes de droite et même au sein du Parti socialiste. Ces dernières semaines ont été marquées par plusieurs manifestations de protestation. Celle de dimanche dans la capitale espagnole a rassemblé selon les autorités une centaine de milliers de personnes, tandis que Vox a affirmé plus de 100 000 participants, sans plus de précisions.

Les manifestants portaient des pancartes avec des slogans tels que "L'Espagne n'est pas à vendre !" et "Pas d'amnistie !". Ils se sont réunis sur la Plaza de Colón en scandant des slogans comme "Envoyez Puigdemont en prison !" Marcos Carbonell, un ingénieur de 37 ans, a exprimé son indignation face à la volonté de Pedro Sánchez de s'associer avec ceux qui veulent "détruire l'Espagne". Le chef de Vox, Santiago Abascal, a accusé Pedro Sánchez devant la foule de menacer l'unité espagnole et de ne chercher une amnistie que "pour rester au pouvoir". Il a déclaré : "Quelle honte, quelle indignité, quelle trahison !".

Le Parti populaire (conservateur), principal parti d'opposition, a organisé sa propre manifestation contre le projet d'amnistie le même jour à Malaga, dans le sud de l'Espagne, avec la participation, selon ses affirmations, de plus de 20 000 personnes. Le chef du PP, Alberto Nunez Feijoo, a déclaré à ses partisans que "cette amnistie n'est pas négociée au nom de l'Espagne, elle est négociée au nom de Sánchez". Il a également ajouté que tous les Espagnols devraient avoir la possibilité de voter sur cette question.

Il s'agissait de la quatrième manifestation organisée par ce parti contre le projet d'amnistie, après celles de Madrid, Tolède (centre) et Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest. Pedro Sánchez, qui tente de calmer les tensions liées aux séparatistes depuis son accession au pouvoir il y a cinq ans, avait antérieurement exprimé son opposition à une amnistie. Cependant, en 2021, il avait gracié des séparatistes catalans condamnés à la prison pour leur rôle dans la tentative de sécession.

Samedi, il a affirmé devant des responsables du Parti socialiste que cette grâce avait "indéniablement" apaisé les tensions concernant la Catalogne. Il a ajouté : "Résoudre définitivement ce conflit rendra nécessaire d'autres mesures, car nous ne pouvons pas laisser cette blessure ouverte indéfiniment". Pour remporter le vote qui doit se tenir avant le 27 novembre, Pedro Sánchez a besoin du soutien d'au moins 176 parlementaires sur un total de 350. En cas d'échec, l'Espagne serait contrainte d'organiser de nouvelles élections, probablement en mi-janvier.

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