Des aviculteurs gèlent leurs activités à cause des fortes chaleurs et des pertes subies : Les prix des viandes blanches et des œufs repartent à la hausse

01/09/2022 mis à jour: 22:00
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Photo : D. R.

Le poulet de chair a repris des ailes depuis quelques semaines, suscitant l’inquiétude des ménages déjà fortement laminés par la chute du pouvoir d’achat.

La filière avicole va toujours mal en Algérie. Cette filière, qui emploie plus de 300 000 personnes à l’échelle nationale, est complètement déstructurée. La preuve en est l’instabilité chronique qui caractérise le marché des viandes blanches et des œufs.

Après des baisses sans précédent des prix au lendemain du mois de Ramadhan, le poulet de chair a repris des ailes depuis quelques semaines, suscitant l’inquiétude des ménages déjà fortement laminés par la chute du pouvoir d’achat. Hier, le prix d’un kilogramme de poulet variait entre 420 et 480 DA en détail et entre 320 et 360 DA sur les marchés de gros. Il y a deux mois, le poulet était cédé à moins de 220 DA chez les bouchers, causant des pertes considérables aux aviculteurs.

La flambée des prix a touché également les œufs, atteignant 520 DA le plateau en détail et plus de 20 DA l’unité, alors qu’en juillet dernier le plateau se négociait à 420 DA. De l’avis de beaucoup d’aviculteurs, cette hausse des prix est la conséquence directe de la crise ayant secoué la filière au lendemain du mois de Ramadhan. «Cette situation était attendue car beaucoup d’aviculteurs ont gelé leur activité après les pertes subies durant ces derniers mois. Au début du mois de juin, certains ont vendu leur production à moins de 180 DA/kg alors que le coût de revient d’un kilogramme de poulet est de 240 DA.

Cela s’applique même sur les œufs et le poulet de reproduction. On a tous vu sur les réseaux sociaux des aviculteurs en train de jeter des poussins dans la nature faute d’acheteurs. Il n’y a donc rien d’étonnant dans les prix actuels», estime Zobeir, un aviculteur de Taouarga, à l’est de Boumerdès. Cette commune rurale est connue pour abriter des dizaines de complexes avicoles et de couvoirs, alimentant les quatre régions du pays en poussins.

Mais les professionnels du secteur peinent à se relever après la dernière calamité. «Il fût un temps où on jetait jusqu’à 100 000 poussins par semaine, alors que l’année passée son prix avait atteint 250 DA l’unité. Aujourd’hui, on le vend à 80 DA mais les acheteurs ne se bousculent pas pour remplir leurs poulaillers», dira encore Zobeir.

Un aviculteur de Boudouaou El Bahri cite un autre problème, celui des fortes chaleurs et des risques d’incendie qui auront dissuadé beaucoup de ses pairs à reprendre leurs activités. Cela bien qu’habituellement la saison estivale est connue pour être une période propice pour engranger des gains.

«En été, la consommation de poulet augmente. Mais cette année, le risque de surmortalité chez le cheptel avicole et les fortes chaleurs ont fait que l’activité s’est stagnée dans beaucoup de wilayas de l’intérieur du pays. Contrairement aux wilayas du littoral, connues pour leur fraîcheur et la disponibilité de la clientèle. Donc tout dépend de l’offre et de la demande», explique Abdelghafour B., modérateur de la page «Allô fellah».

Une filière déstructurée

Décidée il y a plus d’une année, l’exonération des opérations de vente des produits destinés à l’alimentation de bétail et de volaille de la TVA semble profiter plutôt aux importateurs. «Les fellahs n’ont rien gagné. Sinon comment expliquer que le soja produit localement est vendu au même prix que celui importé (soit 10 550 DA/q) alors qu’il est de très mauvaise qualité. L’Algérie continue à ce jour d’importer du phosphate à 4,4 millions de centimes le quintal, bien que notre pays a toutes les capacités de le produire localement», s’indigne un aviculteur de Tizi Ouzou.

La cherté de l’aliment de volaille et l’anarchie qui caractérise le fonctionnement de la filière sont d’autres facteurs qui pèsent sur la balance des prix de la volaille. Dans un entretien paru dans le dernier numéro de la revue Afrique Agriculture, Djamel Belaid, agronome et auteur, dresse un véritable diagnostic sur l’état de la filière et propose des solutions à même de garantir son développement. «La filière compte quelque 300 000 emplois indirects. Dans un pays qui compte un million de chômeurs, il s’agit d’un secteur pourvoyeur d’emplois ruraux. Sa croissance doit aussi beaucoup à l’informel», a-t-il souligné.

L’expert insiste surtout sur l’urgence d’élaborer un nouveau plan protéines qui donnerait plus de place aux protéines végétales, et l’importance de réduire les importations de l’aliment de volaille, principal élément déterminant les prix du poulet sur le marché. «Les importations annuelles de maïs sont de quatre millions de tonnes et de 1,25 million de tonnes de tourteaux de soja pour une valeur de 1,2 milliard de dollars. La substitution aux importations s’avère primordiale. La hausse des cours sur le marché mondial a eu des répercussions locales.

Dès mars 2021, des éleveurs se plaignaient de travailler à perte. En quelques mois, le quintal de maïs est passé de 2600 à 5700 DA et le tourteau de soja de 4800 à 11 500 DA le quintal... Il existe des réserves de productivité en matière de production de céréales et de protéagineux. Quant à la production de maïs grain dans le Grand Sud sous pivot d’irrigation, elle s’avère coûteuse et ne devrait couvrir que 2% des besoins», a-t-il indiqué, précisant que le maïs doit être réservé aux seuls élevages de volailles.

Pour lui, même les appels au boycott du poulet relayés sur les réseaux sociaux, comme «khali y rabi errich» (laissez les poulets faire des plumes), ont contribué à la baisse de la production. Comme beaucoup d’aviculteurs, M. Belaid relève aussi l’importance de développer des souches de poulets viables localement. L’Algérie compte à présent deux opérateurs qui sont spécialisés dans ce domaine, mais les quantités de production semblent échapper à tout contrôle.

Comme en avril et mai derniers, le risque d’inonder le marché par le poulet de reproduction est omniprésent. Les aviculteurs en ont déjà vécu l’amère expérience après le mois de Ramadhan suite à l’importation de grosses quantités de poussins reproducteurs d’Espagne. Mais c’était dans un autre contexte. 

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