Clôture du global forum sur la nicotine GFN : Halte à la désinformation et à l’abandon des fumeurs chroniques

21/06/2022 mis à jour: 18:13
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La mutation de l'industrie vers un tabac moins nocif en débat au GFN 2022 / Photo : D. R.

Dimanche, s’est achevée la 9e édition du Forum global sur la nicotine tenue dans la capitale polonaise, Varsovie. Durant 3 jours d’affilée de tables rondes et de débats, des scientifiques, des médecins, des associations de lutte contre le tabagisme ainsi que des fumeurs ont plaidé pour un sevrage tabagique graduel pour les grands fumeurs.

Que ce soit pour le fumeur lui-même ou sa famille, le tabagisme reste la première cause de mortalité dans le monde. Combattue depuis plusieurs années, l’industrie du tabac change. L’option est d’aller vers un tabac modifié à risque modéré, où les substances toxiques, comme le benzène, sont supprimées.

Est-ce un mythe ou une réalité scientifiquement prouvée ? Les études scientifiques, lancées il y a une bonne dizaine d’années, confirment que la nicotine n’est pas à l’origine directe du cancer ou de la mort suite au tabac. Elle ne serait qu’un stimulant dont les méfaits ne peuvent être ressentis qu’avec des surdoses. Dans la cigarette classique, elle n’est responsable que de la dépendance.

«Cela fait des années que nous luttons contre le tabagisme, mais les résultats ne sont pas très probants ni rapides. Entre temps, la cigarette continue à récolter(faucher) des vies humaines. Doit-on rester inactifs et miser que sur la sensibilisation ? L’approche est d’avoir la possibilité de choisir entre un produit dont la nocivité est mondialement reconnue et une autre dont la nocivité est moindre. L’essentiel est de pousser les fumeurs qui ne réussissent pas leur sevrage tabagique à aller vers une alternative moins dangereuse pour leur santé et celle des leurs», déclare le Pr Karl Fagerström, concepteur du test de dépendance à la cigarette, surnommé «test de Fagerström». Il explique, lors d’une session plénière sur les produits alternatifs à la cigarette classique, que l’histoire n’est pas aujourd’hui liée à la commercialisation d’un produit ou d’un autre, mais de promouvoir l’idée d’une option plus «safe» pour le fumeur et son entourage de fumeurs passifs. Même s’ils ne sont pas sans danger, le concept des produits alternatifs repose sur l’idée du tabac chauffé, puisque c’est la combustion qui dégage la fumée et ainsi les particules de produits dangereux.

Pour les organisateurs de ce forum, en majorité des associations et des membres de la société civile, à défaut d’arrêter le tabagisme complètement, il faut aller vers une version modifiée et moins nocive qui favorise le sevrage tabagique.

«Longtemps, les fumeurs n’avaient droit qu’à une seule option : arrêter ou mourir. Mais la science a évolué. La réduction des méfaits du tabac est un droit afin de permettre aux fumeurs de prendre en charge leur santé en choisissant des façons plus sûres d’utiliser la nicotine. Une substance qui figure sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé dans la phase de sevrage tabagique pour les personnes qui essaient d’arrêter de fumer», explique Paddy Costall, cofondateur de ce forum international sur la nicotine.

Une piste à exploiter

Pour lui, le débat ne tourne pas autour de la défense de la nicotine, qui est un stimulant, mais de mettre fin à toute la désinformation liée à la cigarette, notamment que les gens fument pour la nicotine, mais meurent à cause du goudron. «En tant que cancérologue ayant occupé plusieurs postes et fondateur de l’Institut national du cancer en France, je n’accepte plus de voir mes patients mourir. Beaucoup d’entre eux n’arrivaient pas à arrêter de fumer, même s’ils savaient pertinemment qu’ils mettaient leur vie en danger. Les aider dans leur sevrage tabagique à travers un tabac modifié avec moins de substances chimiques cancérigènes est plus qu’un devoir », explique David Khayat, initiateur de la Charte de Paris contre le cancer matrice du plan anticancer en France et conseiller chez Phillip Morris. Il souligne que le risque d’avoir un cancer est lié à plusieurs facteurs dont la durée et la quantité de consommation et/ou d’exposition aux produits cancérigènes, tels que les rayons de soleil et de scanner, le tabac et la viande ou autres produits alimentaires.

Aller vers des produits alternatifs, telle la cigarette électronique serait une excellente piste qui protège le fumeur de la fumée et des contenus nocifs et toxiques de la cigarette traditionnelle. Justement dans ce volet de produits alternatifs, un vif débat a été animé autour des saveurs (chocolat, fraise ou autres) dans les cigarettes électroniques ainsi que leurs emballages colorés et attirants qui pourraient produire une jeune génération de dépendants à la nicotine.

Pour Gisèle Becker, vice-présidente en charge de l’engagement scientifique chez Phillip Morris international, «les efforts scientifiques ne s’arrêterons jamais, la législation doit suivre pour surtaxer les produits de tabac traditionnels et imposer des guidelines dans le marketing et le branding des produits alternatifs. Il est hors de question que les produits destinés à des adultes en vulnérabilité face à la cigarette soient à la portée des enfants et des mineurs», martèle-t-elle. Pour l’Algérie, aller vers un tabac moins nocif pourrait sauver des vies annuellement, que ce soit pour le tabagisme passif ou actif.

Il est à signaler que le pourcentage du nombre de fumeurs est de 42%. Sur ce chiffre, 30,5% des personnes déclarent être exposées à la fumée de tabac au niveau du domicile et 35,6% dans le milieu du travail. Même si le tabac alternatif gagne du terrain dans le monde avec plus de 150 millions d’utilisateurs, sa prévalence de consommation en Algérie n’a pas atteint les 9%. 

De notre envoyée spéciale à Varsovie (Pologne)
Asma Bersali

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