C’était il y a 61 ans à Taher, Jijel et Émir Abdelkader : Les tragiques événements de juin 1961

19/06/2022 mis à jour: 04:10
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Photo : D. R.

«Il y a eu aujourd’hui encore des manifestations musulmanes en Algérie, dans la région de Djidjelli. Le bilan de ces trois journées d’effervescence dans le Constantinois est de vingt morts et soixante blessés.»

Il s’agit d’un passage du journal d’Europe 1 entendu dans la séquence tournée dans un taxi dans le film Cléo 5 à 7 d’Agnès Varda, dont le tournage a débuté le 21 juin 1961. C’est en somme le tragique bilan des trois journées de manifestations à Taher, Jijel (ex-Djidjelli) et Emir Abdelkader (ex-Strasbourg) du 19 au 21 juin 1961. La lecture des comptes-rendus de la presse de l’époque, révèle la tragédie vécue dans la région de Jijel durant ces trois journées du mois de juin 1961.

Le quotidien socialiste suisse, La Sentinelle, du 20 juin 1961, répercutant une dépêche de l’AFP, rapporte que des «manifestations qui ont fait 11 morts et 23 blessés ont commencé lundi matin (19 juin, ndlr) à Taher» précisant que «plusieurs centaines de musulmans y participèrent criant les slogans habituels, agitant des drapeaux FLN et des banderoles sur lesquelles était inscrit : ‘’Abbas au pouvoir’’».

Lorsque la nouvelle «parvint à Djidjelli», lit-on encore, «elle fut le prétexte à une manifestation. Rapidement, des centaines de musulmans descendirent vers le centre de la ville» où les tirs de la soldatesque française ont fait une nouvelle victime et blessé trois autres.

Une dépêche de Reuter reprise par le journal suisse La Liberté du 21 juin, rapporte qu’un «communiqué officiel publié mardi soir à Alger déclare que les incidents qui se sont produits à Djidjelli et près de Taher ont fait 13 morts et 50 blessés» ajoutant que «de nouvelles bagarres ont éclaté à Strasbourg près de Djidjelli. Trois musulmans ont été tués et 10 autres ont été blessés.»

Pour sa part, le journal suisse Le Jura, se basant sur «une source autorisée» rapporte dans son édition du 21 juin que «le bilan des manifestations musulmanes qui se sont déroulées dans le Nord constantinois, les 19 et 20 juin, se solde par vingt morts et soixante blessés, dont quinze membres des forces de l’ordre» rappelant que «le 19 juin, à Taher, il y a eu onze morts et vingt-trois blessés» et le même jour «à Djidjelli, un musulman était tué et trois autres étaient blessés».

Le 20 juin, ajoute le même journal, «deux musulmans étaient tués à Djidjelli et cinq autres blessés. Egalement le 20 juin, à Strasbourg, quatre musulmans étaient tués et seize étaient blessés».

Dans son édition du 22 juin 1961, le journal québécois Le Devoir affirme que «le bilan des émeutes (…) est présentement de 20 morts et de 60 blessés(…) La délégation générale a déclaré (…) que les incidents avaient été soigneusement préparés par l’organisation politique de l’insurrection, c’est-à-dire le FLN.» A Tunis, ajoute le même journal, «le GPRA a soutenu que les manifestations de l’Est algérien avaient été ‘‘la démonstration pacifique de la volonté du peuple musulman de voir reprendre les pourparlers d’Evian’’».

Ces derniers, faut-il le rappeler, étaient à ces dates-là suspendus. Enfin, le journal Combat du 29 juin 1961, écrit qu’à «la suite d’une consigne du FLN, donnée de bouche à oreille puis diffusée par tracts, l’ensemble des commerçants musulmans de Blida a fait grève hier à 100 pour 100. Le mot d’ordre venait de la wilaya n°4 et incitait les propriétaires de magasins à fermer boutique pour considérer la journée du 28 juin comme une journée de deuil national, à la mémoire des manifestants tués (…) à Taher, Strasbourg et Djidjelli.» 

Des événements dramatiques qui mériteraient bien une commémoration à l’avenir.                                                        

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