Alors que les avocats alertent sur l’état de santé des détenus grévistes : Silence assourdissant des autorités judiciaires

12/02/2022 mis à jour: 03:21
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La situation des détenus d’opinion ayant entamé, depuis plus de 15 jours, une grève de la faim inquiète. Les avocats de la défense donnent l’alerte et dénoncent le silence des autorités judiciaires depuis le début de cette action et le transfert de certains d’entre eux vers les prisons de Bouira et de Berrouaghia. 

En effet, ni les juges d’instruction, ni le parquet général près la cour d’Alger qui avait démenti, dans un premier temps, l’existence de grévistes de la faim à la prison d’El Harrach, n’ont réagi jusqu’à hier. Pourtant, les témoignages des avocats et des familles des détenus se sont multipliés ces derniers jours. Ils évoquent tous une situation alarmante des détenus qui se montrent, toutefois, déterminés à poursuivre leur action. Jeudi dernier, l’avocate, Me Zoubida Assoul a fait un autre témoignage sur sa page Facebook, après sa visite à El Hadi Lassouli, transféré, depuis le 2 février dernier, à la prison de Berrouagia. «Ils sont 10 détenus transférés dans cette prison. Depuis leur transfert, le juge d’instruction ne leur a pas rendu visite et il ne s’est pas inquiété de leur état de santé», affirme l’avocate qui a rendu aussi visite, le 7 février dernier, à Dalila Touat, une détenue d’opinion en grève de la faim depuis plusieurs jours. Selon Me Zoubida Assoul, «Dalila Touat a même refusé de boire de l’eau .» «Je suis arrivée à la convaincre de rompre sa grève de la soif», explique l’avocate. Des témoignages concernant les détenus en grève de la faim et dont l’état de santé s’est aussi dégradé ont été partagés par d’autres avocats, à l’image de Me Haddouche qui affirme que les avocats de la défense, toujours bénévoles, sont désormais contraints de faire 400 km de trajet entre Bouira et Berrouaghia pour rendre visite à ces prisonniers.

Les cas Fekhar et Tamalt

Racontant son périple pour voir les grévistes de la faim, l’avocate donne des détails sur leur état. «Soheib Debaghi, Tarek Debaghi, Nordine Khimoud et Malik Rayahi sont placés dans l’isolement individuel et Mohamed Tadjadit dans l’infirmerie , ils sont tous dans un état critique et toujours traumatisé par ce qu’ils ont subi comme violence et brutalité à la prison d’El Harrach afin de les faire revenir sur leur action de grève de la faim», écrit-elle dans un long texte partagé sur sa page Facebook. Dans son écrit, l’avocate rapporte aussi les peines exprimées par El Hadi Lassouli, à la prison de Berrouagia. «J’ai trop mal et je ne peux supporter en silence les chefs d’accusation farfelus et ubuesques retenus contre moi. On nage en plein délire. Je ne peux me regarder dans une glace en continuant à subir l’incurie, de penser qu’ils veulent me coller l’accusation infâme de ‘’terroriste’’, à moi El Hadi Lassouli, l’humaniste et le pacifique», rapporte-t-elle. 

Ce détenu d’opinion, ajoute-t-elle, se montre convaincu que «la grève de la faim lui permet de se battre pour son honneur bafoué par cette accusation et de sauvegarder sa dignité humaine». Les détenus grévistes, rappelons-le, dénoncent «l’article 87 bis du code pénal» et «l’instruction dévastatrice par sa lenteur qui s’appuie sur des accusations infondées». «La plupart des grévistes de la faim ont adressé des plaintes et des réclamations aux autorités judiciaires compétentes pour exiger d’elles de prendre leurs responsabilités tout en dénonçant les violations des lois dont ils sont victimes», souligne encore l’avocate.

Mais jusqu’à présent, les autorités judiciaires ne réagissent pas. Pourquoi ? On n’en sait rien. Pourtant, l’Algérie a connu, dans un passé récent, des cas de décès dans les prisons. Le militant politique et médecin, Kamel Eddine Fekhar, est décédé, le 28 mai 2019 en détention, après avoir observé une longue grève de la faim. Avant lui, il y a eu le cas du journaliste et bloggeur, Mohamed Tamalt, mort en décembre 2016 suite à une grève de la faim qui a duré 53 jours. Doit-on attendre d’autres drames pour ouvrir «des enquêtes afin de situer les responsabilités» ?

 

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