6e Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda : Les thématiques du racisme, de l’amour impossible et de la nostalgie explorées

18/09/2023 mis à jour: 02:47
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Affiche du film Once upon a time (Il était une fois) - Photo : D. R.

Des courts métrages ont été projetés à l’occasion du 6e Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda. Aperçu.

Plusieurs courts métrages ont été projetés au 6e Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda. Des films de qualité différente réalisés pour la plupart par de jeunes cinéastes avec des moyens limités. Le vieux Kalbelouz est le premier court métrage de Imen Ayadi. C’est l’histoire d’un homme d’un certain âge (Ahmed Benaissa), qui vit à Alger, et qui attend la venue de sa famille établie en France. Il part acheter «le gâteau préféré» de son petit-fils.

En cours de route, il fait des petites rencontres. Nostalgique, l’homme passe en revue sa vie et regrette quelque peu l’évolution de l’Algérie. «Notre histoire est faite de lointains souvenirs», dit-il. «Nos enfants sont déjà partis loin, très loin», ajoute-t-il. Le texte dit en français est allégorique mais n’échappe pas aux clichés habituels sur l’Algérie, telle que perçue de l’autre côté de la Méditerranée où l’on ressasse l’idée fausse de «pays invivable».

La chanson de Ya dzayer ya el assima d’Abdelmadjid Meskoud accompagne le récit comme pour suggérer qu’Alger est victime «d’un envahissement» des ruraux qui l’auraient dégradé et dévalorisé.

Sans convaincre, Imene Ayadi assume ce choix. «Je n’ai aucun problème à dire que j’ai choisi cette chanson parce que je l’aime, pas besoin de me justifier. Je suis réalisatrice et je décide de ce que je veux mettre. J’ai le droit, c’est ma création. Le sujet c’était la ville, Alger», a-elle-dit lors d’un débat après la projection du film à la salle Douniazed à Saïda.

Une ville qui n’apparaît que peu dans le film et la signification du Vieux kalbelouz n’est pas claire. Ce film est la première expérience d’Imene Ayadi, fille du réalisateur Ali Fatah Ayadi, qui entend pénétrer le monde compliqué du cinéma, après des études à Nice, en France. Il va falloir voir attendre d’autres films de la jeune cinéaste...

Après trois longs métrages, Jours de cendre (2013), El Achiq (2017) et Le Sang des loups (2019), Amar Sifodil passe au court métrage avec Bent el houma (La fille de mon quartier), une histoire urbaine qui explore l’impossibilité de l’amour. Sami (Ali Namous) est «parkingueur» dans une cité, peut-être à Alger. Il suit le mouvement d’entrée et de sortie de sa voisine Anya (Ourdia Maafa), une fille plutôt libre.

Elle est insaisissable à ses yeux. Romantique, il croit à la possibilité d’une histoire d’amour. A l’ancienne, il lui écrit une lettre, aidée par un copain, pour révéler ses sentiments. Anya, elle, croit aussi pouvoir aimer Mounir, un homme volage jusqu’au jour où elle apprend une mauvaise nouvelle. La descente aux enfers commence pour elle. Le rapport d’Anya avec sa mère (Nassima Chems), dépressive, est plutôt limité.

Tranches de vie

En absence du père, mort, Anya est quelque peu perdue, alors que Sami s’installe dans la routine d’une vie ordinaire, presque sans couleurs. Dans ce court métrage,  les images d’Ahmed Talantikite sont soignées, les dialogues peu nourris et le scénario linéaire, sans trop de rebondissements.  Amar Sifodil semble pris par le désir de casser l’image figée sur les «parkingueur», vus souvent comme des voyous, des losers, des drogués. Il montre des tranches de vie et laisse le soin aux spectateurs d’imaginer la suite.

Pas de happy end dans le choix artistique d’Amar Sifodil. «Je ne suis pas tombé dans la facilité de faire un film sur la lutte des classes. Sami et Anya habitent le même quartier mais appartiennent à deux mondes différents. Leurs lignes ne se rencontrent pas. Sami vit avec au sein d’une famille nombreuse alors qu’Anya est seule avec sa mère.

On voit la photo du père habillé en tenue militaire. Un militaire décédé. Je ne dis rien, c’est peut-être une victime du terrorisme ou autre chose. Chacun peut imaginer ce qui lui est arrivé, mais il n’y a aucune volonté de faire disparaître le père», a déclaré Amar Sifodil, lors du débat après la projection.

Un père despote

Once upon a time (Il était une fois) est un court métrage du jeune réalisateur Ahmed Reggad de Naâma. Basé sur une histoire vraie, il raconte l’histoire d’un père (Kada Djennah), musicien, qui malmène sa fille (Yousra Benouis) et son épouse, se comportant en despote. Il empêche même sa fille de réaliser son rêve de mariage avec une homme ayant la peau noire.

C’est un artiste dépourvu de sentiments humains. Paradoxe ? Le film tente péniblement d’explorer cette idée, déjà ancienne, de personnes ayant un double visage, un double comportement, et qui vivent comme si de rien n’était.

«Un jour, j’ai lu un post sur Facebook d’une jeune Algérienne qui avouait aimer un homme venu d’un autre pays africain. Ce post était suivi de commentaires réprobateurs. Ces commentaires m’ont inspiré l’idée du film. Au début, je voulais réaliser un très court film de trois minutes, intitulé Blanc et Noir.

Mais je me suis rendu compte que le film serait incomplet. J’ai développé le scénario pour aboutir à Once upon a time», a soutenu Ahmed Reggad. «Notre histoire est inspirée du vécu, ce que j’ai mis dans le film, je l’ai vu dans la vie réelle. Ce n’est pas de l’imagination. L’art en général se nourrit de la vie», a-t-il ajouté.

D’autres courts métrages ont été projetés durant le festival comme Fella de Billal Atia, Houra de Abdelkader Hamadi et Saci Lezhari et Le monde de l’illusion de Lina Azzouz. Fayçal Métaoui


 

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