Pr Farid Haddoum. Chef de service néphrologie CHU Mustapha Pacha : «Il est possible de freiner la maladie»

20/02/2025 mis à jour: 18:47
3368

Propos recueillis par Sofia Ouahib

 

Quels sont les facteurs de risque de la maladie rénale chronique ?

Les facteurs de risque de développement ou d’aggravation de la MRC sont nombreux. Il y a d’abord  la génétique, exactement comme pour le diabète, l’obésité et l’hypertension artérielle essentielle. Il y a clairement une prédisposition génétique. 

Des gènes ancestraux qui sont liés au développement de la MRC ont été identifiés dans de nombreuses régions d’Afrique sub-saharienne et par extension chez les African-Américains aux USA. 

Maintenant, au quotidien, le mode de vie, de type «gros mangeurs», fumeurs, sédentaires, a un rôle évident. La non-observance du traitement, l’automédication, et à l’opposé, la prise d’herbes dites «chinoises» pour «guérir» sont d’autres comportements déviants qui exposent les patients «crédules» à la MRC. A cela s’ajoutent les facteurs médicaux tels qu’un diabète déséquilibré, une HTA mal traitée, une protéinurie ou albuminurie trop élevée.


Quelle solution s’offre à nous pour limiter la croissance permanente de l’insuffisance rénale chronique ?

Il faut dépister la MRC régulièrement chez ces patients à risque, tôt, régulièrement, et méthodiquement. Il est important de «faire parler le  sang et les urines». Dès lors que l’on sait les faire parler, les urines sont très «bavardes». Une fois que la MRC est dépistée à ses débuts, tous les espoirs sont permis. Nous disposons en Algérie de médicaments puissants qui vont changer le cours de la MRC.


Est-il possible de freiner la maladie ?

Un oui franc et massif. La médecine et la néphrologie sont en train de vivre une révolution thérapeutique inédite et inimaginable. Notre rêve se réalise pour nos milliers de patients, à savoir les protéger de la MRC et leur épargner la douloureuse épreuve de la mise en dialyse. Une nouvelle classe médicamenteuse révolutionnaire est maintenant disponible en Algérie, celle des ISGLT2 (Inhibiteurs des transporteurs  rénaux du glucose et du sodium). 

Ce sont des médicaments que l’on prend par voie orale. Ils sont au nombre de trois et sont produits en Algérie, disponibles en officines et remboursés par nos caisses. Pris très tôt, ces médicaments vont stopper l’évolution de la MRC. Ils permettent de retarder la mise en dialyse éventuelle de 15 années. D’ailleurs, la Société internationale de néphrologie avance que c’est une des plus grandes avancées de la néphrologie. Elle prédit la fermeture de plus de la moitié des centres d’hémodialyse chronique dans les 10 années à venir dans le monde et 80% seront fermés dans 20 ans. 

Cela nous renvoie à l’époque révolue des sanatoriums qui ont fermé et aux ulcères de l’estomac qui étaient opérés et qui sont actuellement traités par antibiotiques. Finalement, les ulcéreux ont été «soignés» par erreur pendant des décennies en chirurgie. Pour les patients et leurs médecins, la prise en charge de la MRC est complètement changée et surtout gagnante. En effet, nous avons constaté une meilleure qualité de vie, une liberté, une indépendance vis-à-vis de la dialyse sans précédent. A cela s’ajoutent les enjeux économiques. Il faut savoir que le fardeau économique de l’hémodialyse chronique en centre est devenu colossal et il ne cesse d’augmenter. Un traitement oral annuel avec une de ces trois molécules est estimé à 50 000 DA. 

Rien à voir avec les 2 millions de dinars annuels par malade en hémodialyse. Notre pays en mettant à disposition les ISGLT2 est en avance et va dans le sens du progrès médical.                                                      

Copyright 2025 . All Rights Reserved.