Impact humain sur la biodiversité : Ce que nous apprend l’une des plus grandes synthèses jamais réalisées

29/03/2025 mis à jour: 14:39
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Les milieux naturels influencés par l’être humain présentent un cinquième de moins d’espèces de plantes et d’animaux - Photo : D. R.

Des scientifiques ont compilé des données issues d’environ 2100 études comparant la biodiversité de zones affectées par l’homme avec celle de zones de référence situées dans le monde entier. Leurs résultats portent à la fois sur des habitats terrestres, d’eau douce et marins.

Par la faute de l’homme, de plus en plus d’espèces disparaissent. S’il n’est plus possible de nier ce terrible constat, la question qui se pose désormais est la suivante : les effets de nos activités sur la biodiversité se retrouvent-ils partout dans le monde, et cela concerne-t-il tous les groupes d’organismes, ou seulement une partie ?

Tandis que la plupart des études réalisées jusqu’à présent n’ont porté que sur des aspects précis, se limitant par exemple à l’évolution temporelle, à un seul lieu ou à des impacts humains spécifiques, des scientifiques ont tenté de combler ces lacunes en réalisant une synthèse d’environ 2100 études, publiée le 26 mars dans la revue Nature.

Les données ainsi rassemblées proviennent de quelque 50 000 zones affectées par l’homme et autant de zones de référence, situées dans le monde entier. «Il s’agit de l’une des plus grandes synthèses des effets de l’homme sur la biodiversité jamais réalisées dans le monde», affirme dans un communiqué de l’université de Zurich le Pr Florian Altermatt, qui a supervisé ces travaux de recherche.

L’équipe suisse a analysé les effets des cinq principaux impacts humains sur la biodiversité, à savoir les modifications de l’habitat – déforestation, urbanisation, etc. –, l’exploitation directe (chasse et pêche), le changement climatique, la pollution et les espèces envahissantes. «Nos résultats montrent que ces cinq facteurs ont un impact important sur la biodiversité dans le monde entier, dans tous les groupes d’organismes (microbes, champignons, plantes, invertébrés, poissons, amphibiens, oiseaux et mammifères, NDLR) et dans tous les écosystèmes (terrestres, d’eau douce et marins)», résume le premier auteur François Keck.

En moyenne, le nombre d’espèces sur les sites touchés était inférieur de près de 20% à celui des sites non touchés, compare l’étude. En raison de populations plus petites que celles des invertébrés, les vertébrés, tels que les reptiles, les amphibiens et les mammifères ont subi des pertes d’espèces «particulièrement importantes», et ce, dans toutes les régions.

L’identité des disparus compte autant que leur nombre

Cependant, l’impact de l’humain va bien au-delà,  «outre le nombre d’espèces, leur composition à un endroit donné est un deuxième aspect-clé de la biodiversité», souligne François Keck. «Dans les régions de haute montagne, par exemple, les plantes spécialisées risquent d’être déplacées par des espèces de plus basse altitude à mesure que le climat se réchauffe», note-t-il.

Or, même lorsque le nombre d’espèces sur un site donné reste constant, la biodiversité et les fonctions de l’écosystème vont se trouver affectées si, par exemple, l’un des disparus se trouve être une plante qui possédait un système racinaire particulièrement efficace pour protéger le sol de l’érosion, illustre le scientifique.

En termes de composition d’espèces, justement, les changements les plus importants s’observent parmi les microbes et les champignons microscopiques, selon l’étude. «Cela pourrait s’expliquer par le fait que ces organismes ont des cycles de vie courts et des taux de dispersion élevés, et qu’ils réagissent donc plus rapidement», estime François Keck. Enfin, parmi les menaces, la pollution de l’environnement et les modifications de l’habitat ont un impact particulièrement négatif sur le nombre d’espèces et la composition des communautés, montre la synthèse.

Les modifications de l’habitat sont en effet «souvent très radicales», par exemple lorsque l’on abat une forêt ou que l’on nivelle une prairie, explique le Pr Altermatt. Pour autant, ces résultats ne signifient pas que le changement climatique s’avère moins problématique pour la biodiversité, «il est probable que l’étendue de son impact ne puisse pas encore être vérifiée aujourd’hui», suggère-t-il.

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